Faire face à la diarrhée du voyageur

Voyager ne rimera plus avec diarrhée!

Par May A.

Selon le site de la CDC (Centers for Disease Control and Prevention), près de 30 à 70 % des touristes sont affectés par la diarrhée du voyageur. Ce problème de santé est bénin et entraîne rarement des complications, mais peut chambouler vos activités en voyage et parfois même votre itinéraire; ces inconvénients peuvent perdurer jusqu’à 3 à 5 jours et occasionner des coûts importants.

Qu’est-ce que la diarrhée du voyageur ?

C’est une infection gastro-intestinale connue aussi sous le terme « Turista ». Cette infection peut être causée par différents pathogènes dont des bactéries (la cause la plus fréquente), des parasites ou des virus. L’un des symptômes les plus communs de la diarrhée du voyageur est la présence d’un minimum de 3 selles non formées en 24 heures accompagnées la plupart du temps d’un des symptômes suivants5:

1.    Nausées

2.    Vomissements

3.    Crampes abdominales

4.    Douleurs abdominales ou ténesmes

5.    Mucus ou sang dans les selles

6.    Fièvre > 38,3˚C

Quel est le mode de transmission?

La diarrhée du voyageur se transmet principalement via l’eau et les aliments contaminés dû à des pratiques sanitaires non conformes ainsi qu’aux pannes d’électricité fréquentes pouvant affecter la chaîne de conservation des aliments. La transmission de personne à personne est aussi possible dans un contexte oro-fécal.   

Quels pays sont les plus endémiques?

Le risque de contracter la diarrhée du voyageur est présent dans tous les pays, mais plus particulièrement en Amérique Centrale, en Amérique du Sud, dans certaines régions des Antilles, en Afrique, en Asie (sauf Singapour) et au Moyen-Orient.

Quelles sont les différentes mesures de prévention?

  • Vaccination

Au Canada, le vaccin oral Dukoral est homologué contre le choléra et contre la diarrhée à ECET. Il protège jusqu’à 52 % contre la diarrhée du voyageur causée par ECET. Concernant le choléra, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande le vaccin pour les zones endémiques seulement tout en évaluant le type de voyage organisé. En ce qui a trait à la diarrhée du voyageur, le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) privilégie d’abord les mesures non pharmacologiques et la prise de vaccin particulièrement pour les personnes à risque. Informez-vous auprès de votre pharmacien pour en savoir davantage !

  • Agent antisécrétoire - Subsalicylate de bismuth

Selon les références, la prise de sous-salicylate de bismuth (Pepto-BismolMD) à raison de 2 comprimés (524mg) quatre fois par jour offre une protection de 60% contre la diarrhée du voyageur. Par ailleurs, une étude mexicaine a évalué l’efficacité du médicament lorsque pris 2 fois par jour et le résultat fût de 40%.

Son utilisation ne devrait pas dépasser plus de 3 semaines. Ce médicament peut causer certains effets indésirables dont une coloration noire de la langue et des selles, ainsi que de l’acouphène.

Le subsalicylate de bismuth est contre-indiqué chez les personnes suivantes :

·      Les femmes enceintes

·      Les enfants de moins de 12 ans

·      Les personnes prenant de l’acide acétylsalicylique (ASA, aspirine), de la doxycyline, un anticoagulant, du méthotrexate ou du probénécide

·      Les insuffisants rénaux

·      Les personnes ayant un problème actif de goutte, de varicelle ou une allergie aux salicylates

Vérifiez auprès d’un pharmacien si un tel produit vous convient !

  • Probiotiques

L’efficacité des probiotiques n’a jusqu’à présent pas été prouvée en prévention contre la diarrhée du voyageur. Toutefois, certaines souches étudiées semblent prometteuses telles que  Saccharomyces boulardij et Lactobacillus rhamnosus GG.

Ces produits sont généralement sécuritaires et peuvent être recommandés aux voyageurs qui désirent absolument prendre des probiotiques malgré l’absence de preuves au niveau de leur efficacité. Ces derniers doivent habituellement être débutés 5 à 7 jours avant le voyage et de poursuivi jusqu’à 7 jours après leur retour.

Vérifiez auprès d’un pharmacien si un tel produit vous convient.

  • Autres mesures

Dans les régions endémiques, suivez la devise suivante tout au long du voyage : « Pelez, faites cuire, faites bouillir ou n’en mangez pas »7.  Il est important de se laver les mains régulièrement à l’eau et au savon, et si l’eau n’est pas à votre portée, ayez en main un désinfectant à base d’alcool dont la concentration est d’au moins 60%.

Voici d’autres recommandations au niveau des aliments et les breuvages5:

·     Mangez les aliments selon leur température appropriée, soit froids ou chauds

·     Buvez de l’eau purifiée ou embouteillée

·     Évitez la glace, les produits laitiers non pasteurisés et la crème glacée  

·     Évitez les aliments des kiosques de rue

·     Évitez de nager dans de l’eau polluée ou contaminée

·     Ayez recours à de l’eau embouteillée pour vous brosser les dents

Quel est le traitement de la diarrhée du voyageur?

  • Réhydratation et alimentation

Il est très important pour un voyageur de se procurer dans sa trousse de voyage une solution de réhydratation orale soit sous forme de sachets en poudre, de comprimés effervescents ou encore une solution déjà préparée si possible.

Au niveau de la diète, il est recommandé de poursuivre son régime alimentaire habituel toutefois, il est suggéré d’éviter les aliments gras qui ralentissent la vidange gastrique et les aliments riches en sucres simples, car ils exacerbent les épisodes de diarrhées. Les breuvages tels que la caféine, le thé et l’alcool sont aussi à éviter car ils ont un effet diurétique et peuvent causer de la déshydratation.

  • Médicaments antipéristaltiques

Il existe deux agents antipéristaltiques sur le marché soit le lopéramide, médicament en vente libre, et le chlorhydrate de diphénoxylate, sous ordonnance. Il est suggéré de les prendre dans les cas de diarrhées légères car dans les cas sévères (plus de 6 selles liquides par 24 heures ou sang ou fièvre ou mucus), ces médicaments peuvent retarder la guérison et même causer un mégacôlon toxique. Ils peuvent être utilisés pour une durée maximale de 48 heures et l’effet secondaire principal de ces médicaments est la constipation. Il est préférable de ne pas utiliser ces médicaments chez les enfants de moins de 12 ans sans l’avis d’un médecin.

  • Antibiotiques  

Le recours aux antibiotiques en voyage pour s’auto-traiter permet de réduire la durée des symptômes et améliorer par le fait même la qualité du séjour. Les principaux antibiotiques prescrits sont la ciprofloxacine, la levofloxacine, l’azithromycine et la cefixime. Un traitement antibiotique peut être débuté si les diarrhées sont modérées (plus de 3 selles liquides en 24 heures), perdurent depuis plus de 48 heures et s’il y a une atteinte de l’état général. L’antibiotique peut généralement être cessé lorsque les symptômes sont terminés.

Si les diarrhées sont sévères (plus de 6 selles liquides en 24 heures ou fièvre ou sang ou mucus), il est recommandé de faire le traitement jusqu’à la fin. Toutefois, si vous n’observez aucune amélioration après 36 heures, il importe de consulter un médecin.

Il est important de planifier ses vacances pour en profiter pleinement car comme le bon vieux dicton le dit : « Mieux vaut prévenir que guérir ».

REFERENCES

1.   « Guide d’intervention santé-voyage 2015 », Institut national de santé publique du Québec, Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs.En ligne sur https://www.inspq.qc.ca/sante-voyage/guide/risques/diarrhee-des-voyageurs

2.   « Déclaration sur la Diarrhée du Voyageur ». Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV). En ligne sur https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/rapports-publications/releve-maladies-transmissibles-canada-rmtc/numero-mensuel/2015-41/rmtc-volume-41-11-5-novembre-2015-maladies-origine-alimentaire/rmtc-volume-41-11-5-novembre-2015-maladies-origine-alimentaire-2.html

3.    CONNOR, BA. « Traveler's diarrhea. The Yellow Book » Centers for Disease Control and Prevention.En ligne sur https://wwwnc.cdc.gov/travel/yellowbook/2018/the-pre-travel-consultation/travelers-diarrhea

4.   « Diarrhée du voyageur ». Santé Canada. En ligne sur https://voyage.gc.ca/voyager/sante-securite/maladies/diarrhee

5.   Algorithme Loi 41 élaborée par l’Association des bannières et des chaînes de pharmacies du Québec. En ligne (site privée)

6.   « Solutions de réhydratation orale ». Santé Canada. En ligne sur https://voyage.gc.ca/voyager/sante-securite/rehydratation

7.Charbonneau, Kim. « La diarrhée du voyageur », [En pdf] Québec Pharmacie. Février-Mars 2014, pp.29-36.